Vin de Pico : le guide des vignobles volcaniques UNESCO

Silhouette du volcan Pico au crépuscule, île des vignobles UNESCO des Açores

En résumé

  • Classement : paysage viticole de l’île de Pico, patrimoine mondial UNESCO depuis 2004.
  • Cépages phares : Verdelho (historique), Arinto dos Açores, Terrantez do Pico, Frei Gigante.
  • Sols : basalte noir travaillé en currais (parcelles fermées par des murets de lave).
  • Caves à visiter : Czar, Adega A Buraca, Cooperativa Vitivinícola, Quinta do Frei Vicente.
  • Budget dégustation : 10 à 25 € selon la cave et le nombre de vins.

Au premier coup d’œil, le paysage viticole de Pico semble une erreur. Comment faire pousser de la vigne sur un champ de lave noire battu par les embruns de l’Atlantique ? La réponse tient en un mot portugais : currais. Ces minuscules parcelles entourées de murets de pierre sèche en basalte, serpentent sur des kilomètres le long de la côte de Lajido et Santa Luzia. Chaque pied de vigne est lové dans sa poche de terre, protégé du vent et de l’embrun, exposé à la chaleur de la pierre noire.

Ce travail de patience, transmis depuis le 15e siècle, a valu à Pico son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2004. Ce guide vous emmène à la rencontre de ce terroir unique, des cépages qui en sont issus, et des caves qui méritent une halte.

Une histoire née avec les colons

La viticulture à Pico remonte au 15e siècle, apportée par les premiers colons portugais. Pendant trois siècles, le Verdelho de Pico est un vin exporté prestigieux, apprécié des cours européennes — on raconte qu’il figurait sur la table des tsars russes, d’où l’appellation « Vinho dos Czares » ou « vin des Czars ». Une cave locale, Czar, continue d’honorer cette filiation dans ses étiquettes.

La crise de l’oïdium et du phylloxéra au 19e siècle ravage le vignoble. L’île met plus d’un siècle à retrouver ses volumes et sa reconnaissance. Aujourd’hui, moins de 2 000 hectares sont en production, répartis entre quelques dizaines de producteurs — autant de petites exploitations familiales et coopératives.

Les currais : un paysage agricole unique

Les currais sont de minuscules parcelles carrées ou rectangulaires, généralement de 4 à 8 mètres de côté, entourées de murets de lave sèche. Cette architecture agricole est née de la nécessité : le sol de basalte se réchauffe au soleil et restitue sa chaleur aux vignes, tandis que les murets bloquent le vent chargé de sel. Sans les currais, la vigne ne survivrait pas à l’océan.

Se balader à pied dans les vignobles de la région de Lajido de Santa Luzia est une expérience en soi. Un sentier balisé (PR5) traverse le paysage viticole UNESCO, avec des panneaux d’interprétation et des points de vue sur la mer. Comptez 3 à 4 heures pour une boucle complète de 7 kilomètres, accessible à tous.

Le Museu do Vinho à Madalena, dans une ancienne ferme du 19e siècle, complète parfaitement la visite : outils traditionnels, documentation sur l’évolution du vignoble, dégustation en fin de parcours.

Les cépages à connaître

Le Verdelho est le cépage historique, à l’origine de vins blancs secs à la robe paille, aux arômes iodés et salins typiques des vignobles maritimes. Arinto dos Açores donne des blancs vifs, frais, très minéraux — parfaits sur les fruits de mer locaux. Terrantez do Pico est un cépage rare, longtemps disparu puis replanté, qui produit des vins plus complexes, mielleux, au vieillissement intéressant.

Côté rouge, le Frei Gigante ou le Saborinho donnent des vins légers, plus adaptés à la cuisine insulaire qu’à une garde longue. Certaines caves produisent également des Lajido (vins licoreux doux, dans le style des Madère) et des espumantes (effervescents méthode traditionnelle), excellents à l’apéritif.

Les caves incontournables

La cave Czar, à Lajido, est la plus réputée pour son positionnement historique et la qualité de ses cuvées. Visite guidée avec dégustation de 4 à 6 vins à partir de 20 €. Réservation recommandée.

La Cooperativa Vitivinícola da Ilha do Pico, à Madalena, est le premier producteur de l’île en volume. Ses dégustations sont accessibles (8 à 12 €) et donnent une vision d’ensemble de la production pyrénéenne : verdelho, arinto, lajido, espumante. Un bon point d’entrée pour un premier contact.

A Buraca, plus confidentielle, est une petite adega familiale pratiquant une viticulture quasi-naturelle. Dégustation conviviale autour de la table du producteur, sur rendez-vous. L’une des expériences les plus authentiques de Pico.

Enfin, la Quinta do Frei Vicente combine vignoble et table d’hôtes. Il est possible de déjeuner sur place après la dégustation — cuisine açorienne simple et excellente, accompagnée des vins de la maison.

Une journée viticole à Pico

Matin : balade du PR5 à Lajido (2 heures). Midi : déjeuner à la Quinta do Frei Vicente ou dans une taverne de Madalena (bacalhau à brás, lapas grelhadas, chouriço de cebolaria). Après-midi : visite du Museu do Vinho puis dégustation à la Cooperativa ou à Czar. Fin d’après-midi : café face au canal de Faial avec un verre de Lajido.

Si vous avez 2 jours, le second s’organise autour de la randonnée du volcan (avec guide), suivie d’un bain réparateur dans les piscines naturelles de Cachorro et d’un dîner de poissons grillés à Lajes do Pico.

Conseils pratiques

La plupart des caves ouvrent de 10h à 18h, fermées le dimanche et parfois le lundi. Réservez toujours les dégustations — les équipes sont petites et l’attention portée est meilleure si vous êtes annoncés. Le transport est nécessaire : les vignobles sont étendus et il n’y a quasiment pas de transports en commun. Un chauffeur privé est la meilleure option si vous voulez déguster sans contrainte.

Achetez quelques bouteilles sur place : les vins de Pico sont peu distribués en Europe et les prix caves sont très raisonnables (8 à 25 € la bouteille pour des vins de grande qualité).

Questions fréquentes

Quand visiter les vignobles de Pico ?

D’avril à octobre pour la vigne en feuillaison. Septembre et octobre correspondent aux vendanges, moment le plus animé. L’hiver reste visitable, mais le paysage est moins photogénique.

Les vins de Pico s’exportent-ils ?

Peu, hors du Portugal. Certaines grandes enseignes de cavistes français et américains en distribuent. La meilleure façon de déguster ces vins reste de les acheter sur place.

Peut-on visiter les vignobles sans parler portugais ?

Oui, les grandes caves (Czar, Cooperativa, Quinta do Frei Vicente) proposent des visites en anglais. Les plus petites adegas accueillent volontiers les francophones et anglophones, avec parfois un petit lexique partagé.

Combien de jours à Pico pour profiter des vignobles ?

Une journée suffit pour une introduction. Deux jours permettent de combiner balade dans les currais, visite de deux ou trois caves et dîner viticole sans se presser.

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